Joan Baez et Bob Dylan en 1963Si le rock 'n' roll a toujours été porté par une jeunesse trop à l'étroit dans le carcan moral de ses aînés, les textes jusqu'aux années 1960 étaient souvent confinés aux thèmes festifs éventuellement chargés de connotations sexuelles. C'est avec Bob Dylan que les paroles prennent une tournure à la fois plus poétique et plus engagée. Mariant la poésie surréaliste à l'engagement du mouvement folk (Woody Guthrie puis Joan Baez, Pete Seeger), il devient le chroniqueur de sa génération, abordant sans crainte des thèmes politiques et sociaux. Son impact sera décisif des deux côtés de l'Atlantique. Aux États-Unis, les protest songs expriment le rejet de la guerre froide ou de l'engagement militaire au Viêt Nam tandis qu'au Royaume-Uni, John Lennon livre des textes plus personnels et recherchés. Le rock devient à la fois un mouvement artistique, qui acquiert une légitimité intellectuelle, et un courant de « contre-culture ». Cette tendance connaît son apogée avec les grands festivals de la fin des années 1960 : à Woodstock ou sur l'Île de Wight des centaines de milliers de jeunes se rassemblent pour partager à la fois une passion pour la musique mais également une vision du monde en rupture avec les normes établies.
Le psychédélisme
Symbole de Ban the Bomb, vulgarisé plus tard par l'expression Peace and loveÀ partir du milieu des années 1960, la consommation de psychotropes (en particulier le LSD), devenue courante dans les milieux intellectuels, marque le début de la création artistique sous emprise. Alors que l'acid rock naît sur la côte ouest des États-Unis avec le Grateful Dead, le psychédélisme fait également son apparition au Royaume-Uni à travers les premiers concerts de Pink Floyd, la formation de Cream ou encore l'album Revolver de The Beatles. Mais c'est avec l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band de ces derniers que cette influence devient manifeste pour le grand public. Cette tendance favorise le retour en force des groupes américains tels que The Byrds, The Doors ou Jefferson Airplane. L'½il du cyclone se situe néanmoins toujours au Royaume-Uni. De nouveaux courants voient le jour avec notamment le rock progressif de King Crimson, Emerson, Lake & Palmer, Genesis ou Yes qui introduit des éléments issus du jazz et de la musique classique ou le heavy metal dont les prémices se font sentir dès 1966 à travers les riffs de guitare saturés de Cream ou Jimi Hendrix, et qui naitra véritablement avec Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath ou encore Blue Cheer.
Le rock de la fin des années 1960 se politise et le Flower Power est l'expression pacifique du rock planant qui caractérise le passage entre l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band de The Beatles en 1967 et les premiers riffs punk de 1975. Le passage aux années 1970 est marqué par la mort prématurée de nombreuses stars du rock, comme Jimi Hendrix, Brian Jones, Janis Joplin ou encore Jim Morrison, la plupart tout juste âgés de 27 ans.
Le psychédélisme est un style qui englobe donc des groupes variés qui ont un certain sens de l'expérimentation. Ainsi même des groupes comme The Velvet Underground peuvent parfois être qualifié de psychédéliste. On distinguera alors le psychédélisme fondé sur le Flower Power d'un psychédélisme plus sombre et/ou underground. Par là même, on peut citer Hawkwind ou encore Amon Düül II, fervents de voyages nocturnes et fantômatiques.
Rock et folk
Dans la deuxième moitié des années 1960, apparaît la fusion du rock et du folk aux États-Unis avec Bob Dylan, The Byrds puis The Band, Crosby, Stills and Nash et Neil Young. The Band, par sa fusion des musiques traditionnelles avec le rock, le blues, la musique country et les ballades irlandaises des Appalaches aura une influence déterminante. En réaction, l'Angleterre produit elle aussi des artistes à la recherche de leurs racines musicales comme Bert Jansch, Pentangle, Fairport Convention, Richard Thompson, Steeleye Span. Ce courant accouchera du folk rock de grande diffusion aux États-Unis avec des groupes comme The Eagles ou Poco. En Angleterre, ces musiciens se heurtent rapidement au punk, et, frappés de ringardise, leurs disques disparaissent dans les bacs world, musique celtique, voire New Age.
Rock et glamour
Freddie Mercury, chanteur du groupe QueenLes années 1970 voient la disparition progressive du psychédélisme et la fin du rêve hippie. Cette désillusion, associée à une marchandisation exponentielle de la musique donne naissance à un courant embrassant les contradictions de son époque en proposant une image glamour et décadente : le glam rock. Sous le strass et les paillettes de leurs costumes androgynes, David Bowie, T. Rex, Sweet, Roxy Music, Elton John, Gary Glitter, Slade ou même Queen proposent un rock théâtral et baroque, marquant également un retour à la spontanéité du rock n' roll, avec des morceaux plus courts et rapides que ceux du rock psychédélique. Facilement dansable, le glam rock aura beaucoup de succès dans les palmarès avec des titres comme Bang A Gong(Get It On) de T. Rex ou Rock N' Roll(Part 1) de Gary Glitter entre autres. Queen en reprendra, au départ du moins, le look et les costumes androgynes, mais y mélangera musicalement du heavy metal, du rock progressif puis du funk, du pop et du disco.
La révolution punk et ses conséquences
Articles détaillés : Mouvement punk et Punk rock.
Les racines musicales du mouvement punk remontent aux années 1960 avec le genre garage (The Stooges, MC5), suivi par la scène new-yorkaise du milieu des années 1970 comprenant notamment The New York Dolls, Patti Smith puis en 1974 l'arrivée de la légende : "The Ramones" dont le premier album en 1976 est considéré comme le premier album de punk rock. Issu de la scène du CBGB's, ce groupe provoqua une révolution dans la musique, influençant entre-autres la vague Punk au Royaume-Uni ainsi qu'une bonne centaine de groupes dont Metallica, Red Hot Chili Peppers, U2, Eddie Vedder, Rob Zombie, Rancid ou encore Motörhead. Cette scène comporte d'ailleurs de nombreux artistes différents musicalement, moins homogènes que la scène punk anglaise. Au Royaume-Uni, le mouvement punk prend vraiment son envol à partir de 1976 avec des groupes comme les Sex Pistols et leur titre : God save the Queen, The Clash en tête d'affiche. Groupes directement influencé par le premier album des Ramones ainsi que par un de leurs concerts dans l'UK en été 1975 ou la majorité des membres de ces 2 groupes ainsi que le futur Captain Sensible de The Damned étaient la avant de faire de la musique. Le mouvement punk s'oppose clairement en réaction face au rock des années 1970 qui n'autorise les enregistrements qu'aux virtuoses. Ainsi, un des messages punk est de pousser tout groupe intéressé à faire de la musique, même si la technique n'est pas absolument maitrisée. Les punks ouvrent ainsi les portes des studios d'enregistrement à d'innombrables groupes, de The Police à U2. Le second message des punks est plus politique. Les Britanniques enterrent leur statut de grande puissance (Annarchy In The UK ou God Save The Queen des Sex Pistols ou on entend : "'God Save The Queen, She's No Human Being, Here's No Future In England'"... ou encore I'm So Bored With The USA du premier album des Clash.
Les RamonesLes États-Unis avaient résisté plus de dix-huit mois à la beatlemania, ils tiendront bon pendant plus de vingt ans face à la vague punk. Si l'ouverture des studios a bien lieu aux États-Unis, elle est moins flagrante qu'en Europe. Musicalement, les tenants d'un rock dit modern se revendiquent toutefois ouvertement comme des enfants du punk. Il faut attendre les années 1980 pour que les États-Unis voient se former des groupes comme les Pixies, les Red Hot Chili Peppers, les groupes de Mike Patton tel que Mr. Bungle ou Faith No More, et le mouvement grunge de la côte ouest américaine pour percevoir un écho punk dans la musique américaine grand public, cicatrisant efficacement les plaies d'un rock divisé depuis plus de dix ans en deux camps : Classic et Modern. Ce débat est essentiellement américain, car en Europe les modernistes ont gagné la partie dès le début des années 1980.
Post-punk, new wave et electro
Dès la fin des années 1970, une partie du mouvement punk évolue vers une production en studio plus aboutie, une attention plus affirmée à la qualité des textes et une volonté générale plus orientée vers l'expérimentation. Les premiers à profiler le genre post-punk sont Wire, Devo ou Siouxsie and the Banshees, des artistes qui accordent une place prépondérante au studio d'enregistrement et qui se démarquent immédiatement du punk, conservant son aspect brutal tout en créant des structures plus variées, et souvent, plus sombres. Le terme new wave apparaîtra alors pour désigner cette musique plus sophistiquée qui mettra progressivement à profit les progrès des synthétiseurs en contrepoint de guitares éthérées et de guitares basses pesantes. Le terme new-wave reste cependant générique, englobant aussi bien la pop des années 1980 et la coldwave de Joy Division ou The Cure que le rock matiné de reggae de The Police. Contrairement à la new-wave, l'emploi du terme post-punk se limite aux albums issus de la période allant de 1978 à environ 1982. Dans la lignée de Kraftwerk, un courant electro (la synthpop) apparaît avec Depeche Mode, mais aussi la house amenée par New Order. Les synthétiseurs remplacent progressivement les guitares. Cette démarche représentera plus tard l'un des fondements de la musique techno.
Avènement du hard rock et du heavy metal
Kiss à Boston en 2004.Apparus vers la fin des années 1960 sous l'influence de Jimi Hendrix, Led Zeppelin, Black Sabbath, Blue Cheer, et Deep Purple, entre autres, le hard rock et le heavy metal proposent un rock plus agressif et violent, avec batteurs-cogneurs, guitaristes virtuoses et chanteur-hurleur. Les premiers groupes à gagner du succès sont AC/DC, Aerosmith, Alice Cooper, Kiss, et Motörhead. Les années 1980 seront ensuite dominés par Bon Jovi, Def Leppard, Guns N' Roses, Mötley Crüe, Scorpions, et Van Halen. Tout comme le punk, la composante hard rock profite, elle aussi, très largement de l'ouverture des studios. Conséquence logique de cette multiplication des enregistrements : l'apparition de nombreux sous-genres. Jadis, hard rock et heavy metal étaient deux synonymes(aux États-Unis et en Angleterre on parlait plus de heavy metal alors qu'en France, le grand public utilisait le terme hard rock, le terme heavy metal étant utilisé uniquement par les spécialistes) (heavy metal venant d'un journaliste de The New York Times à propos du Purple Haze de Jimi Hendrix), mais depuis la fin des années 1980, une scission s'est produite. Le vocable « heavy metal » est en effet redéfini par le journaliste Lester Bangs du magazine Creem.
Ozzy Osbourne en mars 2007.Vers la fin des années 1970, le genre se radicalise avec un accent croissant placé sur la virtuosité et la vitesse d'exécution en particulier du guitariste solo et du batteur, des ambiances pesantes (Ozzy Osbourne) et des thèmes qui s'inspirent souvent du satanisme ou de l'occultisme en général (dans la lignée de Black Sabbath). C'est l'apparition de la nouvelle vague de heavy metal britannique (en fait Judas Priest suivi de Iron Maiden) qui s'oriente vers des aspects plus lyriques alors que les américains Kiss inventent le glam metal, et Metallica le thrash metal. On voit ensuite apparaître des styles davantage plus violents comme le death metal (Cannibal Corpse), le black metal (Bathory), le metal industriel (Marilyn Manson) avant l'émergence logique du nu metal (Korn). De nos jours, il est devenu assez difficile de différencier le hard rock et le heavy metal, tant les deux styles sont proches. Ainsi, certains continueront d'utiliser les termes originaux comme étant des synonymes et de classer des groupes comme AC/DC, Led Zeppelin et Guns N' Roses dans le heavy metal, alors que d'autres auront tendances à bien séparer les deux genres et à classer les groupes précédents dans le hard rock.
Les années 1980
Désormais adulte, le rock s'est installé au cours des années 1970 dans un rythme de croisière que les punks anglais ont fait voler en éclats. Les années 1980 s'ouvrent donc sur la promesse — rapidement déçue — d'un recommencement.
Les années 1980 révèlent le brassage de plusieurs genres qui se dissocieront vite de la représentation rock antérieure, mais elle comporte également bon nombre d'artistes qui feront vivre le rock, tout en le faisant évoluer.
Alors que la branche du hard rock se "métallise", radicalisant son discours sous une avalanche de décibels, une accélération effrénée du tempo et une saturation qui repousse les limites de l'audible, le courant majeur s'assagit et se rapproche de plus en plus de la pop. Dire Straits incarne ce rock serein, aux guitares d'orfèvres et aux textes ciselés mais dont la fièvre est retombée, ou bien encore les irrévérencieux The Smiths, conduits par le parolier Morrissey (même si celui-ci continue d'écrire des textes engagés, sa voix ramène à des sonorités pop). Si quelques-uns dont U2 ou R.E.M. tentent de raviver une démarche engagée, c'est plutôt aux frontières du rock, comme dans le métissage avec le funk de Michael Jackson ou de Prince que l'exploration musicale se poursuit, alors mise en avant par la chaîne musicale MTV. C'est avec l'émergence de cette dernière que le terme de rock indépendant (ou rock alternatif) va prendre de l'ampleur. Celui-ci est représenté par des groupes comme Sonic Youth ou Pixies, et englobe de nombreux autres groupes pop, électroniques, industriels ou garage puis shoegaze, et aussi des groupes issus du post-punk, qui poursuivent leurs carrières.
En marge du rock, ce vent de liberté profite aux musiques électroniques, contraintes depuis leur émergence aux États-Unis puis en Angleterre (de la techno à l'Acid house) de s'épanouir dans la clandestinité.
Dans la deuxième moitié des années 1980, le heavy metal fera un retour en force sous la forme du Glam Metal à partir de Los Angeles et s'imposera comme le style le plus populaire au monde vers 1986. L'année suivante, il domine 80% des palmarès américains avec des groupes comme Mötley Crüe, Def Leppard, Poison, Ratt et Bon Jovi. Alors que les groupes de Los Angeles prennent d'assaut les palmarès, certains groupes vont revenir à la base de la musique metal en proposant un son plus violent et agressif et en mettant l'accent sur la rapidité d'excécution, comme Metallica et Slayer.